En confinement avec Prem, 31

« Un jour après l’autre, sentez-vous bien, le mieux possible, prenez soin de vous. Comprenez l’importance du moment présent. » – Prem Rawat

Prem Rawat :

Bonjour à tous, j’espère que tout va bien pour vous malgré les circonstances, que vous restez en bonne santé, en sécurité. Aujourd’hui j’aimerais vous parler d’une chose qui m’est venue à l’esprit, je pense souvent à ce genre de choses.

Il y a longtemps, je suis tombé sur cette déclaration, cette citation, quel que soit le nom que vous lui donniez, qui disait quelque chose comme : « Remettez tout en question. » J'ai donc commencé à me dire : « C'est très intéressant : Remettez tout en question ! Est-ce que je suis d'accord avec ça ? » Je suis d'accord pour dire que nous devons nous interroger.

Mais en même temps, nous avons besoin de réponses, car il serait inutile de continuer à s’interroger sans recevoir de réponses. Et dans quel domaine, dans quel registre poseriez-vous des questions ?

Alors, voici l'essentiel pour moi : oui, nous remettons tout en question. Maintenant, pour certaines questions, même si j'obtiens une réponse, est-ce que cela m'intéresse ? Je peux lever les yeux, voir un avion dans le ciel et il serait tout à fait normal de dire : « Je me demande où va cet avion. »

Quelqu'un me dit : « cet avion va à Singapour », « Bon, et alors ? », ou bien : « il va à Delhi », « Et alors ? » Ou bien : « il va à Mumbai », « La belle affaire … »

Bien sûr, il y a aussi les questions que nous devons évidemment poser et pour lesquelles nous devons obtenir des réponses. Les questions : « Pourquoi suis-je ici ? Qui suis-je ? Que suis-je ? » Je suis un être humain, j'ai besoin de cette réponse, j'ai besoin de cette réponse, encore et encore durant ma vie.

Je suis un être humain. Quels sont mes souhaits ? J'ai des besoins. Mes besoins sont très élémentaires, mes besoins sont très fondamentaux. « Et qu'en est-il de ce monde ? » J'ai besoin de remettre en question tout ce qui se passe dans ce monde.

Ce qui est étonnant, c'est que la plupart du temps, nous ne remettons pas le monde en question, nous nous remettons nous-mêmes en question. Nous n'obtenons aucune réponse du monde, nous ne le questionnons même pas, nous n'obtenons pas de réponse du monde. Nous avons des hypothèses : « Voilà à quoi ça sert, ça sert à ça, ça sert à ça. »

Et tout à coup, il y a cette disparité, ce déséquilibre là où les questions sont posées. Est-ce bien de poser des questions ? Je pense que c'est très bien de poser des questions. Mais il faut poser ces questions pour obtenir une réponse, surtout quand ces questions se rapportent à vous, à votre existence, à votre être fondamental, ici sur terre.

Je suis né, je suis sorti d'un mur. J'existe dans ce monde, j'existe dans ce temps. Je ne comprends pas à quel point ce temps est limité. Je ne comprends pas mes possibilités, à quel point ces possibilités sont importantes pour moi.

Un jour je sais que je dois partir, mais je ne comprends pas ce que cela signifie : « Partir ? Pour aller où ? Où est-ce que je vais ? » Parce que c'est déjà prédéterminé. « Si vous avez été une bonne personne, vous irez au paradis. » Et ça dépend entièrement de votre religion.

L’histoire avec la religion, c'est que souvent on naît dans une religion. On ne choisit pas une religion, on naît dans une religion. Et une fois né dans une religion, on y reste. Ce qui peut sembler spécial à quelqu'un d'autre vous paraît tout à fait normal.

Quand un chrétien regarde quelqu'un qui suit les rites de la religion hindoue, cela lui semble très spécial. Mais pour un hindou, c'est tout à fait normal, c'est tout à fait correct, c'est tout à fait juste. « C’est ainsi ! »

Et quand il voit les chrétiens suivre leur religion, il se dit, « C'est bizarre, c'est bizarre, comme c'est bizarre. » Mais pour un chrétien qui y est né, qui voit ça depuis son plus jeune âge, tout paraît normal.

Alors, nous avançons avec nos croyances, avec nos idées, avec nos pensées. Mais nous ne les remettons pas vraiment en question. Et je ne parle pas de remettre en cause la religion, je ne parle pas de remettre en cause ces choses-là.

Je parle de s’interroger : « Qui suis-je ? Pourquoi suis-je ici ? Quels sont mes besoins ? Quelle est ma compréhension ? Qu'est-ce que je veux dans la vie ? Qu'est-ce qui est important pour moi aujourd'hui ? Quelle est la valeur d'aujourd'hui pour moi ? Quelle est la valeur de demain pour moi, quelle est la valeur d'hier pour moi ? »

Parce que si la valeur de demain est supérieure à la valeur d'aujourd'hui, alors je ne comprends vraiment pas ce que signifie “aujourd'hui, demain ou hier”. Si la valeur d'hier est supérieure à la valeur d'aujourd'hui pour moi, alors je ne comprends vraiment pas ces trois éléments que sont “aujourd'hui, hier et demain”. Je ne comprends pas, je ne comprends pas leur valeur.

Le plus important pour moi, c’est aujourd'hui. Parce qu’aujourd’hui, c’est là que je peux agir. C'est aujourd'hui que mes actions ont lieu. Hier, c'est le souvenir, les pensées. Demain, ce sont des considérations et des pensées, des idées, mais aucune action ne peut avoir lieu demain en réalité, ni aucune action ne peut avoir lieu hier. Pour que les actions aient lieu, pour que les actions aient lieu, ce doit être aujourd’hui, aujourd'hui.

 

Alors, mes actions sont-elles le point d’arrivée d'une pensée bien menée ? Ou bien sont-elles aléatoires ? Certains jours sont bons, certains jours ne le sont pas, certaines heures sont bonnes, certaines heures ne le sont pas. Certaines minutes sont bonnes, certaines minutes ne le sont pas.

Et si je n'ai pas réfléchi à ce que je dois faire... J’utilise le mot “discrimination” mais c'est ce qu’exige la discrimination. Il faut être lucide pour comprendre complètement tous les tenants et aboutissants, ce que cela signifie.

Lorsque je volais de Recife à Miami, il y avait une zone, qui était indiquée sur les cartes, où il y avait des orages. Bien sûr, vous savez, quand vous pilotez un avion, vous avez toutes ces informations et vous avez un radar. Mais le plus important, c'est que vous avez vos yeux.

Donc, vous avez le radar, vous regardez votre radar. Vous regardez l'image satellite de vos instruments sur votre écran, vous regardez l'image satellite et vous vérifiez si elle est à jour. Bien sûr, j'avais aussi mon iPad, je le regarde, il me donne une image plus à jour.

Mais ensuite, j'ai mes yeux. Et si tout me dit « ne vous inquiétez pas, tout est clair, » et que je vois par la fenêtre que je me dirige vers quelque chose que je sais être un orage, ça, c’est la priorité !

J'ai donc fait un détour, j'ai dévié et cela m’a fait dévier sur une bonne distance. Mais je ne voulais pas entrer dans cet orage. Ce passage fut agréable et nous avons repris notre route. Le tout, le détour, n'a probablement pas demandé plus de vingt, vingt-cinq minutes, et nous étions de retour sur la route. Et grâce à certaines des indications que nous avons reçues, nous avons aussi rattrapé un peu de retard.

Donc, quand on vole, on regarde tous les aspects des choses. Il ne s’agit pas seulement de monter dans l'avion, mettre en route les moteurs et partir. Non, on regarde : « Où serai-je quand ça arrivera ? Si je perdais un moteur, où est-ce que je serais et où est-ce que j’irais ? Quelle quantité de carburant me resterait-il, est-ce que j'y arriverais ? Quelle réserve me resterait-il ? »

Donc, on jette un coup d'œil à toutes les informations. Ainsi, l'information est prise en compte, elle est traitée. Une image en découle et elle devient un plan qu’on peut approuver, quelle que soit l'information qui a été envoyée. « Oui d’accord, on peut le faire. C'est la quantité de carburant dont nous avons besoin. »

Moi, quand je commande mon carburant, je regarde toujours la route et, s'il y a trop d'orages, beaucoup de déviation ou de turbulences ou quoi que ce soit qui fasse que nous devrons peut-être voler plus bas, j’en commande un peu plus. Il est toujours bon d'en avoir un peu plus, et bien sûr, l’idée de base dans l'aviation est que « la piste derrière vous, le carburant dans le camion et l'altitude au-dessus de vous ne vous font aucun bien » en cas d'urgence.

On a besoin d'autant d'altitude que possible. On a besoin de ce carburant qu’on a laissé dans le camion, on préfère l’avoir dans les ailes, et la piste, plus elle est longue, mieux c'est pour ce que l’on fait.

Alors, cela ne pourrait-il pas s'appliquer dans la vie ? Eh bien, ça devrait. Ces principes sont solides, oui, soyez prêt à toute éventualité, à toute possibilité.

 

Mais en même temps, ce n’est pas ce qu’on fait. On est déjà parti, déjà parti, on se lance. Avant même que la fusée ne soit partie, n'ait quitté la rampe, nous sommes partis ! L'idée est déjà là, on se lève le matin et on se dit « Allons-y ! » Donc on y va, et on attend le bus, on a quitté la maison, on fait ça, c'est comme si on était pris dans la tempête. Et on ne sait pas quoi faire.

Alors, pourquoi est-ce que je vous dis tout ça ? C'est parce que c'est le bon moment, c'est un excellent moment pour commencer à se poser des questions sur certaines de ces choses-là. Et surtout, pour certaines des questions importantes à poser, obtenez les réponses. Ne vous contentez pas de croire quelqu'un sur parole.

Si les gens se contentent de poser ces questions… Il faut aussi avoir une réponse satisfaisante. Pas la réponse « Oh, oui, Dieu agit de façon mystérieuse et je l'accepte. » Non, non. « Qu'est-ce qui se passe ici ? » Parce que je suis ici, c'est ma vie ! C'est à moi qu'on a donné le choix, de faire ou de ne pas faire.

Je suis le guerrier qui a participé à cette grande guerre en Inde, le Mahabharata. Et un choix a été fait. Et Krishna dit : « Écoute, tu dois tout considérer, et ensuite seulement exercer ton choix. » Et quand Arjuna voit enfin tous les aspects de la situation, il est alors prêt à se battre.

 

Au début, je dois dire qu'à un moment de ma vie, j'étais absolument d'accord avec le choix d'Arjuna : « Je ne vais pas me battre, je connais tous ces gens... Je ne vais pas me battre. » « Hé, c'est un bon choix, ne vous battez pas. »

Mais considérez l’ensemble. Regardez les raisons, ces gens ont pris sur eux d'aller à l'encontre de ce qui convient, de ce qui est juste.

Quoi qu’il en soit, c'était le Mahabharata, c'était hier. Demain sera ce qu’il sera. Mais c'est sur aujourd'hui qu'il faut travailler, travailler avec aujourd’hui. C'est là que vos actions se passeront.

Et comme c'est aujourd'hui que les actions ont lieu, c'est maintenant que les actions ont lieu, vient l'importance de maintenant. Deux minutes avant, seules les pensées peuvent avoir lieu. Vous ne pouvez pas aller plus loin avec vos pensées. Mais pour les actions, vous êtes bloqué sur la position de l’instant.

 

Donc, si vous êtes bloqué dans cette position de l’instant présent, ne devriez-vous pas vous concentrer et prendre part à ce qui se passe maintenant et le comprendre ? Parce que c'est là que vous allez agir.

Et les conséquences de ce que vous faites dans le présent, là où vous agissez, vous y serez confrontés à l'avenir, ça deviendra votre passé. Et plus ce processus se poursuit, plus aujourd’hui va être confus.

Alors, remettez tout en question, absolument. Pas de problème. Il y a des questions pour lesquelles vous n'obtiendrez jamais de réponse. Qui se soucie de ces questions-là ? Peut-être sont-elles trop triviales. Mais il y a aussi ces questions importantes que vous devez vous poser et vous devez recevoir les réponses. Vous n’avez pas le choix. Vous devez recevoir ces réponses.

Et ces réponses doivent être claires, succinctes, correctes. Et il faut se sentir bien, du fond du cœur, en acceptant la réponse à ces questions. Parce qu'à l'intérieur de vous, il y a un océan, un océan de réponses. C'est ce que je dis, à l'intérieur de vous se trouve un océan de réponses. Et cette réponse qui vous semblera juste viendra de cet océan qui est en vous.

 

Alors j'espère que les choses continuent de s'améliorer pour vous, avancez au jour le jour. Ne regardez pas “ce qui va arriver plus loin sur le chemin, ce qui va se passer plus loin”, quel que soit le chemin. Mais, un jour après l’autre, sentez-vous bien. Soyez bien, soyez en sécurité. Comprenez l'importance de l’instant présent, cela n'a pas changé.

Coronavirus ou pas, confinement ou pas, ça ne veut rien dire par rapport au jour où vous êtes né et à celui où vous partirez, ça ne veut rien dire par rapport à ça. C'est toujours valable. Et chaque instant où ce souffle vient en vous est une célébration que vous devez célébrer chaque jour.

Alors, portez-vous bien, soyez en sécurité, et surtout, soyez.

Merci, je vous parlerai plus tard.